CHAMBRES RAPHAEL
Les Chambres de Raphaël, expliquées
Les Chambres de Raphaël abritent l’École d’Athènes et trois autres salles peintes, juste à côté de la chapelle Sixtine — le sommet de la Haute Renaissance que la plupart des visiteurs traversent sans s’y attarder.
Check dates and availability ↗Ce que sont les Stanze, et pourquoi elles jouxtent celles d’un rival
Les Chambres de Raphaël — les Stanze di Raffaello — sont quatre salles de réception des appartements pontificaux, et elles renferment quelques-unes des plus grandes peintures murales de la Renaissance. Jules II, qui n’aimait pas les pièces utilisées par son prédécesseur, en confia la décoration vers 1508 à un jeune peintre d’Urbino nommé Raphaël — précisément les années où Michel-Ange était juché sur un échafaudage dans la chapelle Sixtine, à quelques pas de là. Les deux chantiers avancèrent en parallèle et en rivalité, et cela marqua les deux hommes. L’équipe de Raphaël travailla sur près d’une décennie, jusque sous le règne de Léon X, et Raphaël ne vécut pas assez pour achever ; son atelier termina les salles suivantes. La plupart des parcours touristiques traversent les quatre salles sur le chemin de la chapelle Sixtine, et la plupart des foules les expédient. Ralentissez : c’est un sommet, pas un couloir.
L’École d’Athènes et la salle des idées
La plus belle salle, la Stanza della Segnatura, était la bibliothèque privée de Jules II, et ses quatre murs furent peints comme une carte du savoir humain : théologie, philosophie, poésie et droit. Le mur de la philosophie est l’École d’Athènes, l’une des compositions les plus admirées jamais créées — une immense salle voûtée peuplée des penseurs de l’Antiquité. Au centre, Platon pointe vers le haut, vers le monde des idées, tandis qu’Aristote désigne la terre d’un geste ; autour d’eux, Pythagore écrit, Euclide se penche sur un compas, et une figure solitaire médite sur les marches. Raphaël a glissé parmi la foule des portraits de ses contemporains : on dit souvent que Platon porte les traits de Léonard de Vinci, et Raphaël a dissimulé son propre visage parmi les figures de droite, nous regardant calmement à travers cinq siècles.
La figure sombre ajoutée tardivement
Il y a une belle histoire dans la peinture elle-même. La figure solitaire et musclée affalée sur les marches de l’École d’Athènes — généralement identifiée comme le philosophe Héraclite — est largement considérée comme une réflexion tardive, ajoutée par Raphaël après que le reste du mur fut terminé. Elle n’apparaît pas dans son carton préparatoire conservé, et son style lourd et sculptural ne ressemble à rien d’autre dans la fresque. L’explication courante veut que Raphaël, ayant vu le plafond de la Sixtine se dévoiler à proximité, ait été si frappé par la puissance de Michel-Ange qu’il lui rendit hommage en insérant une figure dans la manière du maître plus âgé — et lui donna le visage sombre de Michel-Ange lui-même. Ce récit est généralement admis plutôt que documenté, mais la figure se détache véritablement, un moment visible où un génie en reconnaît un autre.
Les trois autres salles, et ce qu’il faut y chercher
Au-delà de la Segnatura, les salles deviennent plus dramatiques et plus politiques. La Stanza di Eliodoro tire son nom d’une scène où un voleur de temple est terrassé par un cavalier céleste, et comprend la Messe de Bolsena et Saint Pierre libéré de prison par un ange — une scène nocturne d’une lumière peinte stupéfiante. La Stanza dell’Incendio del Borgo s’articule autour d’un incendie près du vieux Saint-Pierre miraculeusement éteint par un pape, son premier plan rempli de nus tendus, à l’accent michelangelesque. La dernière et la plus vaste, la Salle de Constantin, célèbre le premier empereur chrétien et fut exécutée presque entièrement par l’atelier de Raphaël après sa mort. Observez la main changer d’une salle à l’autre : en avançant depuis la Segnatura vers l’extérieur, vous assistez en partie à la prise de relais de l’atelier de Raphaël sur le maître lui-même.
Raphaël mourut jeune, et l’atelier poursuivit l’œuvre
Raphaël mourut en 1520, à seulement trente-sept ans, au sommet de sa gloire — un événement qui ébranla Rome et, selon la tradition, la cour pontificale elle-même. Il laissa les dernières Stanze inachevées, ainsi que d’autres vastes commandes, et ses élèves doués et difficiles les terminèrent, au premier rang desquels Giulio Romano. C’est pourquoi les salles sont inégales : la Segnatura est presque entièrement la conception de Raphaël et en grande partie de sa main, tandis que la Salle de Constantin est une peinture d’atelier exécutée d’après ses dessins et au-delà. Rien n’y est de second ordre, mais la différence entre l’invention et l’achèvement talentueux est visible si l’on y prête attention. Savoir que Raphaël n’a pas vécu pour voir ces murs achevés ajoute une poignante émotion à un ensemble de salles que la plupart des visiteurs traversent en cinq minutes sur le chemin d’un lieu plus célèbre.
Pourquoi ne pas les bousculer
Les Chambres de Raphaël se trouvent à un point malheureux du parcours où les visiteurs, fatigués et pressés par la foule, se hâtent vers la Chapelle Sixtine — si bien qu'ils y jettent un coup d'œil plutôt que de les regarder. C'est une erreur à éviter. Par la pure qualité de son exécution, l'École d'Athènes soutient la comparaison avec tout ce que Michel-Ange a peint, et les quatre chambres ensemble constituent la déclaration la plus claire qui subsiste de ce que la Haute Renaissance croyait qu'une peinture pouvait accomplir : équilibre, clarté, grâce et intelligence tenus en parfaite suspension. Si votre temps est compté, accordez à la Stanza della Segnatura cinq vraies minutes — trouvez Platon et Aristote, l'Héraclite songeur, et l'autoportrait discret de Raphaël lui-même — avant de vous laisser porter par le courant. La chapelle sera toujours là, et vous y arriverez en ayant vu la pièce que son plus grand rival appelait sa demeure.