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PLAFOND DE LA CHAPELLE SISTINE

La Chapelle Sixtine, son plafond décrypté

Le plafond de Michel-Ange se compose de neuf scènes de la Genèse, douze voyants de grande taille et vingt jeunes hommes nus. Voici ce que représente chaque panneau et comment lire la voûte.

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Ce que Michel-Ange a réellement peint là-haut

Levez les yeux et la densité de l'ensemble surprend ceux qui ne sont venus que pour une fresque célèbre. La voûte forme un vaste programme unique, estimé à plus de 460 mètres carrés, et le panneau que tout le monde connaît — Dieu tendant la main vers Adam — n'est que l'une des neuf scènes centrales qui courent le long de l'axe de la voûte. Autour et en dessous, Michel-Ange a peint une architecture fictive de marbre, dans laquelle il a placé douze prophètes monumentaux, vingt jeunes hommes nus et musculeux qu'il appelait les ignudi, vingt médaillons couleur bronze, ainsi que les ancêtres du Christ remplissant les lunettes au-dessus des fenêtres. Quatre écoinçons d'angle abritent des scènes de l'Ancien Testament évoquant la délivrance d'Israël. Ce n'est pas un tableau, mais une voûte peuplée, et la technique pour la lire consiste simplement à ralentir et à saisir un registre à la fois.

Les neuf panneaux de la Genèse, et l’ordre qui vous surprendra

Les neuf scènes centrales racontent l’ouverture de la Genèse en trois groupes de trois : la création du monde, puis Adam et Ève, et enfin l’histoire de Noé. Lues de l’autel vers l’entrée, la narration se déroule dans le sens du temps — de la séparation de la lumière et des ténèbres jusqu’à l’ivresse de Noé. Michel-Ange, pourtant, les a peintes dans l’ordre inverse, commençant côté entrée avec les scènes de Noé et remontant vers l’autel. Cela se voit. Les premiers panneaux sont peuplés de petites figures ; lorsqu’il atteint les scènes de la Création, ses figures sont devenues immenses et épurées, un seul Dieu fulgurant emplissant le cadre. Voir cette assurance se construire sous la voûte est l’un des plaisirs discrets de ceux qui savent où regarder.

Les neuf scènes centrales, dans l’ordre narratif, du mur de l’autel vers l’entrée.

GroupeLes trois scènes
Création du mondeSéparation de la lumière et des ténèbres · Création du soleil, de la lune et des plantes · Séparation de la terre et des eaux
Adam et ÈveLa Création d'Adam · La Création d'Ève · La Chute et l'Expulsion du Paradis
NoéLe Sacrifice de Noé · Le Déluge · L’Ivresse de Noé

La Création d'Adam, et ce que la plupart des gens ne remarquent pas

Le détail le plus reproduit de l’art occidental mérite qu’on s’y attarde. Adam est allongé, langoureux, pas encore tout à fait vivant ; Dieu s’élance vers lui, porté par des anges, et les deux index ne se touchent pas tout à fait — l’étincelle, c’est cet intervalle. Remarquez que le bras d’Adam est déjà levé pour accueillir un geste qui n’est pas encore arrivé, comme si la vie était tirée de lui plutôt que insufflée. Certains observateurs modernes ont avancé que la forme rouge et vaporeuse qui enveloppe Dieu évoque une coupe transversale du cerveau humain, y voyant un emblème délibéré de l’intellect divin ; l’idée est séduisante, mais loin de faire l’unanimité, aussi convient-il de la considérer comme une théorie plutôt qu’un fait. Quoi qu’il en soit, le génie de cette composition réside dans cette tension entre des mains qui ne se touchent pas.

Les prophètes et les sibylles : qui sont donc tous ces géants ?

Autour des panneaux de la Genèse se dressent douze figures colossales, alternant sept prophètes hébreux et cinq sibylles païennes — les voyantes du monde classique placées aux côtés de celles d'Israël, une idée très Renaissance selon laquelle l'Antiquité aurait entrevu la même vérité. Elles comptent parmi les œuvres les plus puissantes de la salle : la Sibylle de Libye qui se tord pour refermer son grand livre, la Sibylle de Cumes, âgée et musclée, le prophète Jérémie plongé dans ses pensées, dans une pose longtemps interprétée comme la mélancolie même de Michel-Ange. Au-dessus de l'autel, couronnant le point culminant de l'ensemble, trône Jonas — le prophète qui passa trois jours dans la baleine et fut considéré comme une figure de la résurrection, ce qui explique pourquoi il préside au mur où le Jugement dernier s'élèverait plus tard. Leur échelle est délibérée ; elles ancrent tout ce qui les surplombe.

Les ignudi, et l'astuce de la fausse architecture

Une grande partie de la puissance de ce plafond provient d'une structure qui n'existe pas. Michel-Ange a peint une architecture fictive de nervures, de corniches et de trônes en marbre en trompe-l'œil, divisant la voûte en compartiments qui, vus depuis le sol, semblent faits de pierre solide. Perchés aux angles des panneaux de la Genèse se trouvent les ignudi, vingt jeunes hommes athlétiques et nus dont la signification exacte est encore débattue — anges, humanité idéale, pures études de figures, ou les trois à la fois. Ils tiennent des guirlandes, des rubans et les dix médaillons de bronze peint, et aucun ne reprend la même pose. Entre les grands voyants, dans les écoinçons triangulaires et les lunettes, sont assis les ancêtres du Christ, peints de manière plus libre et dans l'ombre. Le génie réside dans la hiérarchie : architecture réelle, architecture fictive et figures vivantes entrelacées, si bien qu'une voûte en berceau se lit comme un ciel ouvert.

Comment il l’a réellement peinte — et le mythe à oublier

Il ne l’a pas peinte allongé sur le dos. L’histoire est tenace, mais fausse : Michel-Ange travaillait debout sur un échafaudage spécialement conçu, la tête renversée en arrière, les bras levés pendant des heures, jusqu’à ce que, dans un célèbre vers de plainte, sa barbe pointe vers le ciel et son pinceau dégouline de peinture sur son visage. La technique était celle du buon fresco — le pigment appliqué sur un enduit humide, posé par sections, si bien que chaque journée de travail devait être achevée avant le séchage, laissant peu de place à la correction. Très vite, la moisissure apparut et un passage dut être refait ; il apprenait le métier à une échelle monumentale tout en l’exerçant. Il était avant tout sculpteur et n’accepta la commande qu’à contrecœur, pour Jules II. Quatre ans plus tard, il avait redéfini ce que la peinture pouvait oser.

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